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La peste soit de « Que Choisir » ?

Le numéro 518 de Septembre de « Que Choisir » qui titre « La peste soit des pesticides » a fait couler beaucoup d’encre dans la presse, et réagir nombre de professionnels du vin, qui semblent penser que « Que Choisir » se trompe. Qu’en-est-il exactement? Retour sur ce qui s’est dit parfois, et invitation à voir l’interview-vidéo de Pascal Chatonnet qui nous en apprend plus.

Une regrettable absence de LMR dans le vin

Un constat sur lequel tout le monde s’accorde : les analyses faites ne sont pas remises en cause. Il y a bien dans les vins des molécules de matières actives issues des pesticides, mais on ne peut pas en apprécier le caractère nocif ou pas en l’absence de définition de LMR dans le vin.

La LMR c’est la Limite Maximale de Résidus. Or elle n’existe pas dans le vin parce que, si elle a été définie pour le raisin (sur les raisins de cuve), cela semble un exercice plus difficile d’arrêter des niveaux fiables et représentatifs dans le vin. Nombreux sont les chercheurs, les administratifs et les professionnels à s’être penchés ensemble sur le problème, mais sans encore être arrivés au but recherché.

Sud-Ouest indique ainsi : « La présence des résidus de phytosanitaires dans ces vins se compte en microgrammes. Les quantités relevées, infinitésimales, sont largement inférieures aux seuils de toxicité appelés LMR (limite maximale de résidus) établis par l’Agence européenne des aliments (ASEA) applicable au raisin de de cuve, c’est dire avant fermentation alcoolique. En effet, comme la revue le rappelle, il n’existe pas en Europe de LMR officielle pour le vin.« 

On ne pourra donc que regretter, avec Pascal Chatonnet, avec France-Info, Sud-Ouest, La Vigne,  et les autres médias qui en ont parlé l’absence de définition d’une LMR dans le vin. Pourquoi donc tous les intéressés ne se remettraient-ils pas au travail pour essayer enfin d’aboutir et éviter ainsi d’autres « alertes » comme celle de « Que Choisir ». Car enfin, l’absence de LMR correspond à un flou entretenu, et c’est sans doute le mérite de Que Choisir de l’avoir fait ressortir.

L’arbre ne doit pas cacher la forêt : il y a bien constat de matières interdites

L’article de La Vigne signé Bertrand Collard indique « Quant à la procymidone, on est surpris de la trouver dans la liste de « Que choisir », car cette matière active est interdite depuis 2008 au moins. » Comment se peut-il qu’on puisse trouver dans certains vins des substances interdites ?

Sud-Ouest, quant à lui dans un article désigne deux autres substances interdites parmi les substances trouvées dans les vins analysés : « deux molécules interdites en France et en Europe: le bromopropylate, un acaricide, et le carbendazyme« .

Comment est-ce possible sans que la réglementation ait été abusée ?

Pourquoi des matières responsables de cancer ne seraient pas dangereuses dans le vin

Bertrand Collard dans La Vigne fait ressortir que certaines matières ne sont pas « classées » cancérigènes, « L’enquête précise encore que sur les 33 molécules détectées dans les vins analysés, « sept (benthiavalicarb ip, iprodione, iprovalicarbe, procymidone…) sont classées cancérigènes et/ou toxiques pour la reproduction ou le développement ou encore perturbateur endocrinien ». Vérification faite sur le site Agritox de l’Anses, l’iprovalicarbe est exempté de classement toxicologique, le benthiavalicarbe et l’iprovalicarbe sont simplement « susceptibles de provoquer le cancer ». Cette « erreur » rend-elle ces produits inoffensifs alors que deux d’entre eux sont déclarés (mais non classés) susceptibles de provoquer le cancer ?

Sud-Ouest de même pointe successivement une sinistre suite de problèmes liés à la contamination par les pesticides, dont la pollution de l’air, de l’eau du sol, et  l’augmentation remarquable du nombre des cancers chez les utilisateurs :

  • « L’utilisation massive des phytosanitaires : La viticulture reçoit 20% des pesticides épandus en France, alors qu’elle ne couvre que 3,7% de la surface agricole. Depuis l’après-guerre, la fertilisation artificielle des sols conjuguées à un apport massif d’intrants (fongicides, herbicides, insecticides) a permis à la viticulture d’améliorer ses rendements, en luttant contre ses nombreux ennemis : mildiou, oïdium, botrytis…
  • Pollution durable et augmentation des cancers : Le prix à payer pour cet usage massif, c’est celui d’une pollution durable de l’air, du sol et de l’eau et de répercussions sanitaires. Les travailleurs de la vigne en sont les premières victimes, comme le révèlent de nombreuses études épidémiologiques qui montrent, dans leur population, l’augmentation de certains types de cancers(lymphomes, myélomes multiples, cancers du cerveau et de la prostate…) et de la maladie de Parkinson. Le résultat de l‘étude « Pesticides et santé », en Poitou-Charente, montrait une surmortalité pour la maladie de Parkinson (+ 29 %) et pour les cancers du système lymphatique (+ 19 %) dans les communes de la région où la culture principale est la vigne.
  • Le danger des pesticides pour les travailleurs de la vigne. Dernière en date, l’enquête épidémiologique APAChe (Analyse de Pesticides Agricoles dans les CHEveux), de l’association environnementale « Génération Futures » conduite en Gironde à Listrac-Médoc, a révélé en février 2013 que les salariés viticoles ont onze fois plus de résidus de pesticides dans les cheveux que la normale, et les riverains du vignoble, cinq fois plus. Une situation qui n’est pas en voie de s’améliorer : l’utilisation des pesticides dans la vigne a encore progressé de 2,7% de 2010 à 2012, en dépit du plan Ecophyto 2008, issu du Grenelle de l’environnement qui visait à réduire de moitié l’emploi des pesticides d’ici à 10 ans. »

C’est donc un constat sans appel, inquiétant pour les populations qui travaillent dans les vignes que fait le journal Sud-Ouest, plus inquiétant que celui de « Que Choisir » qui concernait le consommateur et qu’une définition de LMR dans le vin suffirait sans doute à mettre à mal. En effet les études scientifiques existent bien qui démontrent les bienfaits du vin sur la santé.

Le danger, c’est pour les vignerons !

Alors que Sud-Ouest indique :

  • « La vigne utilise beaucoup de produits de traitement : … une des filières agricoles utilisant le plus de produits chimiques pour se protéger des nombreuses maladies (oïdium, mildiou, botrytis…). Plus que dans le monde des céréales …. Dans les vignobles, personne ne traite par plaisir, d’autant que les coûts sont importants pour les exploitations. Avec une seule récolte pour dégager de quoi vivre toute l’année, il ne faut pas se rater. C’est humain. Prendre trop de risques serait suicidaire.
  • Le bio traite aussi. …  Le cuivre, accumulé dans le sol, est aussi potentiellement dangereux. 
  • Une prise de conscience des professionnels. … les vignerons sont les premiers exposés aux dangers potentiels pour leur santé. »

La santé humaine est-elle le prix à payer pour avoir des raisins sains et des exploitations viticoles en bonne santé financière ! Si les professionnels, les chercheurs et les administrations doivent mettre en place une LMR dans le vin afin que les doses de matières actives puissent être valablement contrôlées dans le vin, pour garantir au consommateur les qualités sanitaires du vin qu’il déguste, ne devraient-ils pas de même se pencher de manière urgente sur des modalités obligatoires de l’utilisation des produits permettant de protéger efficacement les personnes qui les appliquent au vignoble, et sur des normes de « raisonnement » de la protection ? En effet, si le viticulteur a en général appris à ne plus rechercher à tout prix  le « zéro maladie », mais à s’en approcher, la diversité humaine fait que tous ne raisonnent pas de la même façon.



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