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Les vins du Président : le prix de l’imaginaire

Les vins du Président : le prix de l’imaginaire

Les vins du Président, ce sont les 1.200 bouteilles de la cave de l’Elysée, mises en vente les 30 et 31 mai par l’intermédiaire de Drouot. Ils auront rapporté 718.000 € (frais compris) soit plus du double de l’estimation de départ (250.000 €) (voir nos deux articles sur ce sujet : « 31 main: les vins de l’Elysée aujourd’hui en vente à 14h00 » et « 30-31 mai : vente de la cave du Président« ).

Quel bilan en tirer ?

Tout d’abord, si on veut être honnête, on doit au minimum conclure à une bonne gestion. La vente de 10% d’une cave qui devait permettre un renouvellement à 10 %, cela ressortait déjà d’une gestion qui aurait pu éventuellement être qualifiée de la notion comptable de gestion « en bon père de famille ».

Mais que cette vente ait permis un renouvellement à plus du double de la valeur d’estimation de départ, cela ressort non seulement d’une bonne gestion, mais encore d’une très bonne anticipation stratégique et marketing.

Des bouteilles pour le musée ?

Car en effet, tout était là ! Alors que ces bouteilles ne présentaient pas plus d’intérêt que celles équivalentes  qui se trouvent dans certaines caves privées de collectionneurs (avec parfois des valeurs beaucoup plus importantes), la vraie différence était ailleurs ! La qualité spécifique de ces bouteilles n’étaient pas dans leur valeur intrinsèque et le fait qu’elles étaient passées par la cave de l’Elysée ne les avaient pas fait devenir pièces de musée, comme certains ont pu l’avancer, ni changer la qualité du vin qu’elles contenaient. Ils ne s’agissait pas de bouteilles bues par tel ou tel Chef d’Etat ou Président. Et même si une bouteille équivalente avait pu être bue par tel ou tel homme d’Etat, on ne mettra jamais au musée tel fromage ou telle chèvre qui se trouvait dans la même fromagerie ou dans le même troupeau que celui ou celle qui aura été consommé(e) au palais de l’Elysée. Restons raisonnables !

Une véritable différence, l’imaginaire de chacun

Par contre, il y avait une véritable différence. La vraie spécificité de ces bouteilles était dans la représentation que chacun s’en faisait. Car il s’agit bien là d’imaginaire,  l’imaginaire de chacun vis-à-vis de ces bouteilles, amplifié par le fait que leur passage par la cave du Président de la République allait être mentionné sur chacune d’elles les rendant par là-même uniques ou presque (voir photo du macaron en en-tête). Et c’est cet imaginaire de chacun lié au passage de ces bouteilles par la cave du Président de la République, voire des Présidents de la République, qui leur a donné de la valeur.

La macaron apposé sur les bouteilles de la vente du palais de l'Elysée

Et si l’on démonte le mécanisme de cette prise de valeur, c’est par l’information qui va être véhiculée par le possesseur d’une de ces bouteilles que va se faire la valorisation. Nous sommes là dans le rôle social de la circulation de l’information sur ces bouteilles et leur provenance. C’est l’information que chaque possesseur d’une de ces bouteilles diffusera sur cette dernière qui le fera exister socialement différemment, et le valorisera lui-même socialement : quand on raconte l’histoire d’une bouteille qui a failli être bue par tel homme d’Etat très célèbre, on en devient plus important aux yeux du plus grand nombre !

Même quelques grains de raisins contribuent à remplir les cuves du chai

Bon et puis, plus près des pâquerettes, et de nos sous, comme l’a indiqué la maison Kapandji Morhange chargée de la vente : « Dans un souci de saine gestion, le produit de cette vente sera réinvesti dans des vins plus modestes et l’excédent sera reversé au budget de l’Etat ». Donc, si le résultat de cette vente permet de résoudre, même très petitement, un tout petit peu des problèmes budgétaires accumulés depuis si longtemps, et ne serait-ce que pour servir d’exemple à tous les  ministères, à tous les préfets de région, à tous les présidents de Régions et de Départements, eh bien le Président de la République pourrait recommencer cette opération tous les 5 ans. Et même si cela représente une miette dans une boulangerie, c’est toujours les petits ruisseaux qui font les grandes rivières, et un ensemble de grains de raisins qui remplissent les cuves d’un chai. Et il vaut sans doute mieux que cette vente ait servi à remplir le chai qu’à le vider !



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